L’édit de Milan
313 apr. J.-C. Milan
En bref
Les empereurs Constantin et Licinius se sont rencontrés à Milan et se sont mis d’accord pour laisser la liberté de religion à tous les habitants de l’empire. Jusqu’à quelques années plus tôt, les chrétiens avaient été persécutés, c’est-à-dire arrêtés et punis à cause de leur foi. Grâce à cet accord, ils ont pu prier ouvertement et récupérer les biens qu’on leur avait pris. Les historiens se demandent s’il s’agissait d’un vrai édit ou d’une série de lettres aux gouverneurs, mais le nom est resté.
Pourquoi c’est important Depuis, le christianisme s’est développé rapidement, jusqu’à devenir la religion officielle de l’empire en 380.
Source : Treccani, article « Milano, editto di »

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Le récit
Quand les chrétiens étaient persécutés
Pendant les trois premiers siècles après Jésus-Christ, les chrétiens furent une minorité dans l’Empire romain. Ils n’adoraient pas les dieux des Romains et ne participaient pas aux rites publics, et c’est pourquoi, à certaines périodes, ils furent soupçonnés, arrêtés et punis pour leur foi. Les persécutions furent plus fortes à certains moments et dans certaines régions, moins à d’autres. Nous rappelons ces faits avec respect pour ceux qui ont souffert pour leurs idées.
À la fin du IIIe siècle, l’empereur Dioclétien réorganisa l’Empire en le confiant à quatre gouvernants, la tétrarchie (un mot grec qui signifie « gouvernement de quatre »), instituée en 293. Pendant ces années, il y eut de nouvelles et dures persécutions des chrétiens, liées surtout à Galère. Mais en 311, Galère lui-même, malade, changea d’avis : par l’édit de Serdica, il accorda un pardon aux chrétiens et leur permit de pratiquer leur religion.
Constantin et le pont Milvius
En 312, deux hommes se disputaient le contrôle de Rome et de l’Occident : Constantin et Maxence. Le 28 octobre 312, ils s’affrontèrent au pont Milvius, un pont sur le Tibre, près de la ville. Constantin l’emporta. Selon la tradition chrétienne, avant la bataille, Jésus-Christ lui serait apparu en rêve et lui aurait montré un signe, avec les mots In hoc signo vinces, « par ce signe tu vaincras ». Les historiens discutent de ce qui s’est vraiment passé : ce n’est pas un fait sûr, mais une tradition.
La rencontre de Milan
Au début de 313, Constantin, empereur d’Occident, rencontra à Milan un autre empereur, Licinius, qui gouvernait la partie orientale de l’Empire. Milan était alors la capitale de l’Occident. L’occasion était un mariage : Licinius épousait Constantia, sœur de Constantin. Les deux profitèrent de la rencontre pour discuter des problèmes de l’Empire, et décidèrent d’une ligne commune sur la religion.
Qu’établirent-ils ? Que chacun soit libre de suivre la religion qu’il préférait : pas seulement les chrétiens, mais tous les habitants de l’Empire. On ordonnait aussi de rendre aux chrétiens les lieux de culte et les biens qui leur avaient été retirés, même si entre-temps ils avaient été achetés légalement par d’autres. C’était la manière de réparer les torts des persécutions.
Un édit qui n’était peut-être pas un édit
Malgré le nom, les historiens sont prudents. Le texte que nous connaissons n’est pas un édit signé à Milan. C’est une lettre, un rescrit, c’est-à-dire une réponse officielle, que Licinius fit afficher à Nicomédie, en Orient, avec douze points, en vigueur à partir du 13 juin 313. Le préambule en latin nous a été transmis par l’écrivain chrétien Lactance, dans le livre De mortibus persecutorum (« Sur la mort des persécuteurs »).
Beaucoup de spécialistes pensent qu’il s’agissait d’un rescrit qui donnait application à l’édit de Galère de 311. Certains estiment que les deux empereurs se sont rencontrés à Milan seulement pour discuter, et que les dispositions ont été écrites ailleurs, en Bithynie. C’est pourquoi on parle souvent aujourd’hui d’« accord de Milan ». Pourtant, le nom « édit de Milan » est resté, comme 313, la date que tout le monde retient.
De la tolérance au soutien
Après 313, la politique religieuse des empereurs changea : on passa de la simple tolérance au soutien du christianisme. Constantin favorisa les communautés chrétiennes, et deux ans plus tard, en 315, le Sénat lui dédia un arc de triomphe que l’on peut encore voir aujourd’hui à Rome, près du Colisée.
Le chemin se poursuivit dans les décennies suivantes. Le 27 février 380, les empereurs Gratien, Théodose Ier et Valentinien II, qui avait alors huit ou neuf ans, promulguèrent à Thessalonique un édit, connu par les premiers mots du texte, Cunctos populos, qui déclarait le christianisme, sous la forme du credo de Nicée, religion officielle de l’Empire. Il frappait d’abord les autres courants chrétiens, comme l’arianisme ; les interdictions contre les cultes païens arrivèrent peu après, en 391-392. Dans les décennies suivantes, les restrictions contre les cultes traditionnels augmentèrent et le paganisme fut progressivement mis hors la loi.
Le passage de religion persécutée à religion d’État n’eut donc pas lieu par un seul acte, mais lentement, en près de soixante-dix ans, entre 313 et 380.
Pourquoi c’est arrivé
Les persécutions n’avaient pas fonctionné. Elles n’avaient pas réussi à éliminer les chrétiens, et dès 311 Galère avait choisi le pardon.
Pour Constantin et Licinius, il y avait aussi une raison politique. Après des années de guerres civiles, ils voulaient stabiliser l’Empire et obtenir le soutien des communautés chrétiennes. Un accord sur la liberté de culte était utile pour maintenir la paix et renforcer leur alliance, scellée aussi par un mariage.
Ce qui a changé
Après 313, les chrétiens purent prier ouvertement, construire des églises et récupérer leurs biens confisqués. Le christianisme grandit rapidement et, avec l’édit de Thessalonique de 380, devint la religion officielle. Cela changea le visage de l’Europe : les églises, le calendrier des fêtes, la culture, les lois furent marqués par la nouvelle religion pendant de nombreux siècles.
Mais le parcours eut aussi un côté difficile. Quand une religion devient religion d’État, ceux qui pensent autrement risquent d’être discriminés. Les historiens observent qu’avec le temps le désaccord religieux commença à être considéré comme un délit. C’est pourquoi 313 est rappelé comme un pas vers la liberté de conscience, mais la route fut longue et non linéaire.
L’idée que chacun doit pouvoir choisir librement sa religion est l’un des principes de beaucoup d’États d’aujourd’hui et des déclarations internationales sur les droits humains. L’accord de Milan en a été un lointain ancêtre.
Personnes et lieux clés
Personnes
- Constantin
- Empereur d’Occident depuis 312, après la victoire du pont Milvius. Il favorisa le christianisme.
- Licinius
- Empereur d’Orient, beau-frère de Constantin. Il fit afficher à Nicomédie le rescrit sur la liberté de culte.
- Galère
- Empereur qui, en 311, promulgua l’édit de Serdica, par lequel il accordait un pardon aux chrétiens.
- Lactance
- Écrivain chrétien qui nous a transmis le texte du préambule dans le De mortibus persecutorum.
Lieux
- Milan
- Capitale de l’Empire d’Occident, où se rencontrèrent Constantin et Licinius au début de 313.
- Pont Milvius
- Pont sur le Tibre, à Rome, où Constantin vainquit Maxence le 28 octobre 312.
- Nicomédie
- Ville d’Orient où Licinius fit exposer le rescrit en douze points.
À savoir
- Le nom « édit de Milan » est peu précis : le texte que nous connaissons est un rescrit de Licinius exposé à Nicomédie.
- Valentinien II, l’un des trois empereurs qui signèrent l’édit de Thessalonique en 380, n’avait que huit ou neuf ans.
- La devise In hoc signo vinces, « par ce signe tu vaincras », liée à la bataille du pont Milvius, appartient à la tradition chrétienne.
- En 315, le Sénat dédia à Constantin un arc de triomphe que l’on voit encore à Rome.
- Le terme « tétrarchie » vient du grec et signifie « gouvernement de quatre ».
Pour aller plus loin
- Wikipédia, article « Persécution de Dioclétien » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Édit de Milan » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Édit de Thessalonique » fr.wikipedia.org
- Wikipédia, article « Constantin Ier (empereur romain) » fr.wikipedia.org
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Avant et après, dans l’ère « Rome »
Événement 24 sur 25
AvantLa fondation légendaire de Romevers 753 av. J.-C.
AvantLa naissance de la République romainevers 509 av. J.-C.
AvantLes lois des Douze Tablesvers 450 av. J.-C.
AvantLa voie Appienne312 av. J.-C.
AvantLa première guerre punique264-241 av. J.-C.
AvantHannibal franchit les Alpes218 av. J.-C.
AvantPlaute et la comédievers 200 av. J.-C.
AvantLe béton romainvers 150 av. J.-C.
AvantL’aqueduc de l’Aqua Marcia144-140 av. J.-C.
AvantSpartacus mène la révolte73-71 av. J.-C.
AvantCésar franchit le Rubicon49 av. J.-C.
AvantLe calendrier julien46 av. J.-C.
AvantL’assassinat de César44 av. J.-C.
AvantAuguste, premier empereur27 av. J.-C.
AvantLa paix romaine27 av. J.-C. - 180 apr. J.-C.
AvantVirgile et l’Énéide19 av. J.-C.
AvantPompéi ensevelie par le Vésuve79 apr. J.-C.
AvantL’inauguration du Colisée80 apr. J.-C.
AvantLa colonne Trajane113 apr. J.-C.
AvantLe Panthéonvers 125 apr. J.-C.
AvantGalien, médecin à Romevers 162 apr. J.-C.
AvantLes thermes de Caracalla216 apr. J.-C.
AvantLe livre à pages (le codex)vers 300 apr. J.-C.
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