Aller au contenu
Storiascopio
FR
Retour à : Rome

6 · Rome science et technique

Le livre à pages (le codex)

vers 300 apr. J.-C. Empire romain

En bref

Pendant des siècles, les livres ont été des rouleaux de papyrus longs de plusieurs mètres, qu’il fallait dérouler à deux mains. Peu à peu s’est répandue une manière nouvelle : des feuilles pliées et cousues ensemble, avec une couverture, c’est-à-dire le codex. C’était plus pratique pour retrouver un passage, on pouvait écrire des deux côtés et cela prenait moins de place. Les chrétiens l’ont utilisé très tôt pour leurs textes sacrés. Vers 300, le codex, souvent en parchemin, était en train de dépasser le rouleau.

Pourquoi c’est important Le livre que tu tiens dans les mains aujourd’hui, avec ses pages à feuilleter, descend justement du codex de l’Antiquité.

Source : Encyclopaedia Britannica, « Codex »

Illustration : Le livre à pages (le codex) (Empire romain)
Illustration créée avec l’IA pour Storiascopio
Le livre à pages (le codex) : Empire romain
Où : Empire romain

Fiche pour étudier environ 6 minutes de lecture

Le récit

Lire un livre long de dix mètres

Essaie d’imaginer que ton livre préféré soit un long ruban enroulé sur deux bâtons. Pour le lire, tu devrais tenir un bâton d’une main et l’autre de l’autre, en déroulant un peu à la fois, et pour revenir en arrière relire un passage, tu devrais tout réenrouler. C’est ainsi que lisaient les Romains, pendant de nombreux siècles. Leur livre s’appelait volumen : un rouleau, fait de feuilles de papyrus ou de parchemin collées les unes après les autres et enroulées autour d’une baguette. De volumen vient notre mot « volume ».

Certains des plus anciens rouleaux latins que nous connaissons viennent des fouilles d’Herculanum, la ville ensevelie par l’éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ. Mais pour les textes très longs, comme un grand poème ou un traité d’histoire, le rouleau n’était pas pratique : il en fallait plus d’un, et trouver un passage précis était fatigant.

Des tablettes au codex

L’idée nouvelle naquit d’un objet d’usage quotidien. Les Romains écrivaient notes, comptes et lettres sur des tablettes de bois recouvertes de cire, reliées entre elles par des anneaux ou des lanières de cuir. Ce bloc de tablettes s’appelait codex, un mot qui vient de caudex, « tronc d’arbre ». Puis quelqu’un eut l’idée de remplacer les tablettes de bois par des feuilles de parchemin ou de papyrus, pliées et cousues ensemble : le codex était né, le livre à pages que nous connaissons.

Vers 84-86 après Jésus-Christ, le poète Martial, à Rome, nous offre un témoignage précieux : il recommande à ses lecteurs une nouvelle édition de ses poèmes sous forme de codex, en disant qu’elle occupe peu de place et se tient facilement dans une main. Les spécialistes pensent aussi que dès le Ier siècle on utilisait des carnets de parchemin plié, appelés en latin pugillares membranei, comme ancêtres du livre à pages.

Pourquoi le codex l’emporta

Le codex avait de nombreux avantages pratiques. On pouvait écrire sur les deux faces de la feuille, donc il fallait moins de matériau. Il occupait moins de place et se transportait plus facilement. Surtout, il permettait de trouver tout de suite le passage qui intéressait : on feuilletait, au lieu de dérouler. Pour ceux qui devaient consulter des textes de lois, de médecine, de religion, c’était une grande aide.

Les premiers chrétiens l’adoptèrent tôt. Il semble que dès le IIe siècle, beaucoup de leurs textes, comme les Évangiles, aient été écrits en codex, et le codex devint la forme habituelle des livres sacrés. Les spécialistes discutent du poids qu’ont eu les chrétiens dans sa diffusion : ce ne fut peut-être pas seulement un choix religieux, mais aussi pratique, lié au type de communauté qui produisait ces textes. Les livres en codex étaient, entre autres, plus simples à copier et à transporter.

Le parchemin, c’est-à-dire la peau d’animal préparée pour écrire, convenait très bien à ce type de livre, mieux que le papyrus, qui s’abîmait quand on le pliait. Son nom rappelle la ville de Pergame, où, selon la tradition, il fut perfectionné. Vers l’an 300, selon plusieurs reconstitutions, les codex égalaient désormais les rouleaux en nombre ; dans les siècles suivants, ils les remplacèrent presque complètement. Certains spécialistes placent la domination définitive au IVe siècle, d’autres encore plus tard.

Comment on faisait un codex

Les feuilles étaient pliées et insérées l’une dans l’autre pour former des cahiers. Une feuille pliée en deux s’appelait bifeuillet ; avec deux bifeuillets, on faisait un duernion, avec trois un ternion, avec quatre un quaternion, appelé aussi cahier : de là vient le mot « quaderno » en italien. Les Romains numérotaient les feuillets, c’est-à-dire les feuilles, et non les pages une à une, distinguant la face de devant (recto) de la face de derrière (verso). Dans la Rome antique, les codex étaient souvent copiés par des esclaves instruits ; au Moyen Âge, ils furent copiés surtout par les moines, dans les scriptoria, les salles d’écriture des couvents et des abbayes. Certains codex étaient enluminés, c’est-à-dire décorés de dessins et de lettres d’or. L’un des plus beaux est le Codex Rossanensis.

Une nouvelle manière de lire

Le codex changea aussi la manière de lire. Avec le rouleau, on lisait du début à la fin, dans l’ordre. Avec le codex, on pouvait sauter d’un chapitre à l’autre, comparer deux passages, mettre un signet. Plus tard, on commença à numéroter les pages et à faire des index. Les codex les plus anciens qui se sont conservés sont égyptiens et remontent à une période entre la fin du Ier et le IIe siècle après Jésus-Christ.

Pourquoi c’est arrivé

Les Romains écrivaient depuis des siècles sur des tablettes de cire reliées ensemble, et ce format en petit bloc était déjà familier. L’idée de l’utiliser pour des textes plus longs, en remplaçant les tablettes par des feuilles de parchemin, vint donc naturellement.

De plus, le rouleau posait des problèmes pratiques pour les textes longs ou à consulter souvent. Avec la diffusion du christianisme, et la nécessité de lire et de citer les textes sacrés, un format qui permettait de trouver vite un passage devint encore plus utile.

Ce qui a changé

Le codex est l’ancêtre direct du livre moderne. Quand tu ouvres un livre, tournes les pages et cherches un chapitre dans la table des matières, tu utilises une invention née dans l’Antiquité romaine. Le format a résisté pendant près de deux mille ans, même à la révolution de l’imprimerie : Gutenberg, au XVe siècle, imprima des livres qui avaient la même forme que les codex.

Au Moyen Âge, les codex copiés par les moines conservèrent la littérature antique. Beaucoup de textes que nous lisons aujourd’hui ne sont arrivés jusqu’à nous que parce qu’ils furent recopiés dans des codex de parchemin, tandis que les rouleaux de papyrus, plus fragiles, furent en grande partie perdus.

Les mots que nous utilisons rappellent aussi cette histoire : « volume », « cahier », « code » (aussi au sens de recueil de lois, comme le code civil), « page » et « feuille ».

Personnes et lieux clés

Personnes

Martial
Poète latin du Ier siècle apr. J.-C. qui recommande à ses lecteurs une de ses œuvres sous forme de codex, commode à tenir dans une main.
Moines copistes
Au Moyen Âge, ils copiaient les codex à la main dans les scriptoria des couvents et des abbayes.

Lieux

Herculanum
Ville ensevelie par le Vésuve en 79 apr. J.-C. : de là viennent quelques-uns des plus anciens rouleaux de papyrus latins connus.
Pergame
Ville d’Asie Mineure qui donne son nom au parchemin.
Scriptorium
La salle de copistes d’un monastère, où l’on copiait et enluminait les codex.

À savoir

  • Le mot « codex » vient du latin caudex, qui signifiait « tronc d’arbre ».
  • Le « cahier » (quaderno en italien) tire son nom du quaternion, un cahier de quatre feuilles pliées.
  • Certains des plus anciens rouleaux latins que nous connaissons ont été trouvés à Herculanum, carbonisés par l’éruption.
  • Les codex les plus anciens qui se sont conservés sont égyptiens et remontent à une période entre la fin du Ier et le IIe siècle apr. J.-C.
  • Le Codex Rossanensis est l’un des plus beaux codex enluminés de l’époque byzantine.

Pour aller plus loin

Événements liés

Avant et après, dans l’ère « Rome »

Événement 23 sur 25

Les 25 événements de l’ère · Ouvrir la grande frise

Écoute / Lis aussi

  • Musique pour lire : Cinematic JourneyMusique épique de film, sans paroles, de Ciro Simone IrmiciSpotifyYouTube Music

Pendant ce temps, ailleurs dans le monde

Autres événements de l’ère « Rome »

Photo de Ciro Simone Irmici

Qui est derrière

Ciro Simone Irmici

Je m’appelle Ciro Simone Irmici et je crée des sites gratuits pour apprendre et jouer. J’ai créé Storiascopio avec l’intelligence artificielle et je vérifie moi-même chaque fiche et chaque source. Je ne suis pas historien : si tu trouves une erreur ou si tu veux un événement de plus pour ta classe, écris-moi.

Mes autres projets : livres audio gratuits sur YouTube · ebooks sur Gumroad · Apple Books · musique sur Spotify et YouTube Music