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Hérodote écrit les Histoires

vers 430 av. J.-C. Halicarnasse (aujourd’hui Bodrum, Turquie) et Athènes

En bref

Hérodote est né à Halicarnasse, sur la côte de la Turquie actuelle, et il a raconté avoir voyagé en Égypte, à Babylone et sur les rives de la mer Noire. Dans ses « Histoires », il a voulu expliquer pourquoi les Grecs et les Perses s’étaient fait la guerre. Il a recueilli des récits, visité des lieux et comparé des versions différentes, mais il a parfois rapporté aussi des légendes incroyables, comme celle des fourmis géantes qui creusent l’or. Des siècles plus tard, le Romain Cicéron l’a appelé « le père de l’histoire ».

Pourquoi c’est important Il a été le premier à transformer le récit du passé en enquête, que l’on appelle justement « historia » en grec.

Source : Treccani, article « Erodoto »

Illustration : Hérodote écrit les Histoires (Halicarnasse (aujourd’hui Bodrum, Turquie) et Athènes)
Illustration créée avec l’IA pour Storiascopio
Hérodote écrit les Histoires : Halicarnasse (aujourd’hui Bodrum, Turquie) et Athènes
Où : Halicarnasse (aujourd’hui Bodrum, Turquie) et Athènes

Fiche pour étudier environ 6 minutes de lecture

Le récit

Un Grec d’Asie

Hérodote naquit vers 484 av. J.-C. à Halicarnasse, une ville grecque de Carie, sur la côte sud-ouest de l’actuelle Turquie, qui faisait alors partie de l’Empire perse. Sa famille était noble : sa mère, Dryo, avait un nom grec, son père, Lyxès, un nom d’origine asiatique. Il avait donc grandi entre deux mondes, celui des Grecs et celui des Perses, et cela lui donna une curiosité qui ne le quitta jamais.

À Halicarnasse commandait un tyran, Lygdamis II, qui gouvernait avec l’appui du roi perse. Hérodote s’opposa à lui, et un de ses parents, Panyassis, fut mis à mort. Lui réussit à s’enfuir à Samos, où il perfectionna le dialecte ionien, dans lequel il écrirait ensuite son œuvre. Selon la tradition, vers 455 av. J.-C., il put rentrer dans sa patrie. Plus tard, à partir de 447 av. J.-C., il vécut à Athènes, où il connut des personnages comme Périclès, Sophocle et le philosophe Protagoras. Vers 444-443 av. J.-C., il participa à la fondation de Thourioi, une colonie grecque d’Italie du Sud, et en obtint la citoyenneté.

Voyager pour comprendre

Hérodote voyagea beaucoup, autant qu’on peut le comprendre d’après son œuvre. Il visita une grande partie de la Méditerranée orientale, et de son séjour en Égypte, nous savons qu’il fut long. Pour d’autres lieux, nous dépendons surtout de son récit, et les spécialistes discutent de ce qu’il a vraiment vu lui-même. Dans tous les cas, il interrogeait tous ceux qu’il rencontrait : prêtres, guides, marchands, soldats. Ce qu’il entendait, il l’écrivait et, quand les versions ne coïncidaient pas, il les comparait.

Les « Histoires »

Sa grande œuvre s’intitule « Histoires » et est divisée en neuf livres. Cette division n’est pas de lui : elle fut faite des siècles plus tard par les grammairiens d’Alexandrie. Le thème principal est les guerres entre Grecs et Perses. Le récit part de loin : des rois Crésus et Cyrus, et arrive à Marathon, aux Thermopyles, à Salamine et à la bataille contre le général Mardonios. Mais Hérodote ne se limite pas aux batailles. Chaque fois qu’un nouveau peuple entre en scène, il ouvre une longue digression, un « logos » en grec, pour expliquer comment vivent ses habitants, quelles sont leurs coutumes, leur religion, leur géographie. Ainsi, les « Histoires » sont à la fois un livre de guerre, de voyages et d’anthropologie.

Le livre commence par une phrase célèbre. Hérodote écrit qu’il publie « l’exposé de son enquête », pour que les exploits des hommes ne soient pas oubliés avec le temps et que les grandes œuvres, des Grecs et des barbares, ne restent pas sans gloire. Le mot grec pour « enquête » est « historiê », celui qui a donné son nom à notre « histoire ».

Comment il travaillait

Hérodote fondait son travail sur trois éléments : ce qu’il voyait de ses propres yeux, ce qu’il entendait des autres et le jugement personnel avec lequel il choisissait parmi les informations. Quand les versions étaient discordantes, il utilisait la logique et ce qui lui semblait vraisemblable, et parfois il laissait le choix au lecteur. Il déclarait aussi que, de certaines choses, il n’écrivait que « par ouï-dire », c’est-à-dire parce qu’on les lui avait racontées. Cette honnêteté était une nouveauté.

C’est pourquoi il rapporte parfois aussi des choses qui nous semblent aujourd’hui incroyables. Dans le livre III, par exemple, en parlant de l’Inde, il raconte qu’il existait des fourmis qui creusent l’or, une histoire qu’on lui avait rapportée. Aujourd’hui, nous la considérons comme une histoire légendaire. Hérodote la rapporte comme une rumeur en circulation, sans la démontrer.

Le jugement des Anciens et des modernes

Hérodote fut très lu, mais aussi critiqué. Le Romain Cicéron l’appela « père de l’histoire ». L’écrivain grec Plutarque, en revanche, écrivit un traité contre lui, l’accusant d’être trop malveillant envers certaines cités, même s’il utilisait son œuvre comme source. Pendant longtemps, Thucydide, qui écrivit sur la guerre du Péloponnèse, fut considéré comme plus scientifique. Hérodote apparaissait plus comme un conteur d’histoires, au plus beau sens du mot, que comme un historien au sens moderne.

Aujourd’hui, nous savons qu’Hérodote reste une source précieuse. Pour beaucoup de peuples, comme les Égyptiens ou les Perses, ses pages sont une source grecque très large. Même là où il se trompe, il est utile pour comprendre ce que les Grecs croyaient.

Pourquoi c’est arrivé

Hérodote écrit parce que la guerre contre les Perses avait changé le monde grec. Ç’avait été une épreuve énorme : jamais auparavant les cités n’avaient affronté un ennemi aussi puissant et aussi vaste. Les événements semblaient dignes d’être rappelés pour toujours. Hérodote, qui n’était pas athénien mais avait une connaissance directe de beaucoup de régions perses, pouvait raconter les deux côtés.

Il y avait aussi un nouveau milieu culturel. Dans les villes ioniennes, comme Milet, on cherchait depuis longtemps des explications naturelles aux phénomènes. Avant Hérodote, il y avait déjà eu des auteurs qui recueillaient des histoires de peuples, mais lui réussit à fondre en un seul récit géographie, coutumes, traditions et guerres, sous la question : pourquoi Grecs et Perses se sont-ils fait la guerre ?

Ce qui a changé

Avec Hérodote, l’histoire devient un genre littéraire. Après lui, des auteurs comme Thucydide et Xénophon écrivirent des livres sur le passé récent, et dans le monde romain, l’historien devint une figure respectée. Dans l’idée que, pour comprendre le passé, il faut enquêter, comparer les sources et dire ouvertement d’où viennent les informations, il y a l’héritage d’Hérodote.

Aujourd’hui encore, les « Histoires » se lisent avec plaisir, et donnent des informations qu’on ne trouve pas ailleurs, par exemple sur la façon dont les Grecs voyaient les Égyptiens et les Perses. Les historiens les utilisent en les vérifiant avec d’autres sources.

Le mot « histoire » vient aussi de lui, et la question qu’il pose, c’est-à-dire jusqu’où on peut faire confiance à celui qui raconte, reste le problème de toute étude du passé. Si aujourd’hui un professeur dit de vérifier plusieurs sources avant de croire une nouvelle, il répète sans le savoir une leçon qui commence avec Hérodote.

Personnes et lieux clés

Personnes

Hérodote
Historien grec né à Halicarnasse vers 484 av. J.-C. et mort vers 425 : auteur des « Histoires ».
Lygdamis II
Tyran d’Halicarnasse, soutenu par les Perses, qui poussa Hérodote à l’exil.
Périclès
Le chef d’Athènes, qu’Hérodote connut pendant sa période athénienne.
Cicéron
Orateur romain qui définit Hérodote comme « père de l’histoire ».
Plutarque
Écrivain grec qui critiqua Hérodote dans un traité.

Lieux

Halicarnasse
Ville de Carie, aujourd’hui Bodrum en Turquie, où naquit Hérodote.
Samos
Île de la mer Égée où Hérodote trouva refuge pendant son exil.
Thourioi
Colonie grecque d’Italie du Sud à la fondation de laquelle Hérodote participa vers 444-443 av. J.-C.
Athènes
Ville où Hérodote séjourna à partir de 447 av. J.-C. et connut Périclès et Sophocle.

À savoir

  • Le mot « histoire » dérive du grec « historiê », qui dans les « Histoires » d’Hérodote signifie « enquête ».
  • La division des « Histoires » en neuf livres fut faite des siècles plus tard par les savants d’Alexandrie.
  • Hérodote déclarait ouvertement quand il écrivait seulement « par ouï-dire ».
  • Vers 445 av. J.-C., selon une tradition, Hérodote lut des parties de son œuvre à Athènes et reçut dix talents.
  • Dans le livre III, il parle de fourmis qui creusent l’or : une histoire que les spécialistes lisent aujourd’hui comme une légende.

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