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5 · Grèce art

Le théâtre d’Eschyle

472 av. J.-C. Théâtre de Dionysos, Athènes (Grèce)

En bref

En 472 av. J.-C., à Athènes, on a joué « Les Perses » d’Eschyle, la plus ancienne tragédie arrivée entière jusqu’à nous. Eschyle avait vraiment combattu à Marathon, et dans la pièce il raconte la défaite perse de Salamine vue du côté des vaincus. Les tragédies se jouaient pendant les fêtes du dieu Dionysos, dans des théâtres en plein air qui accueillaient des milliers de spectateurs. Les acteurs, tous des hommes, portaient des masques et jouaient aussi les rôles de femmes.

Pourquoi c’est important Avec Eschyle, le théâtre devient le lieu où la cité réfléchit sur elle-même, sur le pouvoir et sur la douleur.

Source : Treccani, article « Eschilo »

Illustration : Le théâtre d’Eschyle (Théâtre de Dionysos, Athènes (Grèce))
Illustration créée avec l’IA pour Storiascopio
Le théâtre d’Eschyle : Théâtre de Dionysos, Athènes (Grèce)
Où : Théâtre de Dionysos, Athènes (Grèce)

Fiche pour étudier environ 6 minutes de lecture

Le récit

Le théâtre naît d’une fête

Le théâtre, tel que nous le connaissons, est né à Athènes. Ce n’était pas un passe-temps, mais une cérémonie religieuse. Les représentations faisaient partie des fêtes en l’honneur de Dionysos, le dieu du vin et des fêtes, et elles avaient lieu dans un théâtre construit en plein air sur les pentes de l’Acropole. Au centre de l’espace de l’action, qui s’appelait l’orchestra, il y avait un autel du dieu. Les spectateurs s’asseyaient sur la pente, sur des gradins de bois puis de pierre : après les travaux en pierre du IVe siècle av. J.-C., le théâtre pouvait contenir environ 15 000 personnes. Selon la tradition, la première représentation d’une tragédie eut lieu à Athènes entre 536 et 533 av. J.-C., avec Thespis, son « inventeur », mais de cette première phase nous savons peu de choses.

La tragédie (le nom vient probablement d’un mot qui signifie « chant du bouc ») était un concours. Les auteurs présentaient leurs œuvres dans un concours, et un jury choisissait le vainqueur. Les tragédies étaient écrites en vers, et alternaient des parties jouées et des parties chantées par le chœur, un groupe de personnes qui commentait l’action en chantant et en dansant.

Un poète qui avait été soldat

Eschyle naquit à Éleusis, près d’Athènes, vers 525 av. J.-C. Dans sa jeunesse, il fut soldat. Il combattit à Marathon en 490 av. J.-C., où mourut son frère Cynégire, et prit part aussi aux batailles de Salamine (480) et de Platées (479). Quand il mourut, à Géla, en Sicile, en 456 av. J.-C., on écrivit sur sa tombe une épitaphe qui rappelait seulement ses exploits de soldat à Marathon. Elle ne disait rien de ses succès de poète, comme il l’avait lui-même demandé.

Eschyle gagna de nombreuses fois : son premier succès aux concours tragiques, selon la tradition, arriva en 484 av. J.-C., et en tout il obtint treize victoires. Il perdit en revanche, vers 468, contre un jeune auteur, Sophocle. On connaît de lui environ 80 à 90 titres, entre des œuvres citées par les Anciens et reconstituées par les spécialistes, mais seulement sept sont arrivées jusqu’à nous en entier : « Les Perses », « Les Sept contre Thèbes », « Les Suppliantes », « Prométhée enchaîné » et les trois tragédies de l’« Orestie ». Selon Aristote, c’est lui qui introduisit un deuxième acteur, rendant possible le dialogue et réduisant le poids du chœur. Le troisième acteur fut ensuite ajouté par Sophocle.

« Les Perses »

En 472 av. J.-C., Eschyle présenta au théâtre de Dionysos « Les Perses », et gagna le concours. Aujourd’hui encore, c’est la plus ancienne tragédie qui nous soit parvenue en entier, et donc la plus ancienne œuvre de théâtre complète que nous possédions. C’est aussi la seule tragédie conservée qui parle d’un fait historique récent au lieu de mythes. Huit ans seulement s’étaient écoulés depuis la bataille de Salamine, et beaucoup de spectateurs se souvenaient d’avoir combattu ou d’avoir eu un parent à la guerre.

La scène se passe à Suse, la capitale perse, où un chœur de vieux conseillers du roi attend des nouvelles de l’armée. La reine Atossa, mère de Xerxès, raconte un rêve qui l’inquiète. Un messager arrive et annonce la défaite : la flotte perse a été détruite à Salamine. Le messager décrit la bataille en détail, vue du côté des vaincus. Puis apparaît le spectre de Darius, le vieux roi, qui explique pourquoi son fils a perdu : à cause de l’« hybris », la démesure, c’est-à-dire l’orgueil sans limite de celui qui croit pouvoir tout faire, même défier les dieux. À la fin arrive Xerxès en personne, vaincu, et il pleure avec le chœur.

Le point de vue frappe : un auteur athénien, qui avait combattu contre les Perses, imagine la douleur des ennemis. Aucun Grec n’est en scène, personne ne fête la victoire. Les Athéniens, en regardant, pouvaient comprendre que leurs ennemis aussi souffraient, et que les grands empires peuvent tomber si celui qui commande exagère.

Après Eschyle

En 458 av. J.-C., Eschyle présenta l’« Orestie », une trilogie composée d’« Agamemnon », des « Choéphores » et des « Euménides ». C’est la seule trilogie grecque classique conservée en entier. Elle raconte une chaîne de vengeances à l’intérieur d’une famille. Vers 330 av. J.-C., Athènes lui consacra une statue de bronze à l’entrée du théâtre. Entre-temps, d’autres auteurs, comme Sophocle et Euripide, avaient recueilli son héritage, et le théâtre grec était devenu l’une des gloires de la cité.

Pourquoi c’est arrivé

Le théâtre grec naît du culte. Les fêtes de Dionysos comprenaient des chants et des danses de chœurs, et c’est de ces rites que se développa, au VIe siècle av. J.-C., la tragédie. Le théâtre, qui devait accueillir des milliers de personnes, fut construit sur la pente de l’Acropole pour que la cité puisse y participer tout entière.

Ce qui donna à Eschyle le sujet des « Perses », ce fut la guerre. Après Marathon et Salamine, les Athéniens se sentaient les acteurs d’une époque nouvelle et voulaient comprendre ce qui s’était passé. Le théâtre était l’endroit où la cité se posait les grandes questions, et les tragédies parlaient de justice, de destin, de faute, de pouvoir. « Les Perses » est l’un des rares cas où cette réflexion part d’un fait vraiment arrivé.

Ce qui a changé

Avec Eschyle, la tragédie devint un genre mûr. L’introduction du deuxième acteur permit de mettre en scène des conflits entre personnages, et pas seulement des commentaires du chœur, et ouvrit la voie à Sophocle et à Euripide. Le théâtre athénien devint un modèle pour les Grecs et, plus tard, pour les Romains.

Les tragédies grecques sont encore jouées dans le monde entier. Chaque année, on met en scène l’« Orestie » ou « Les Perses », et l’on s’aperçoit que les thèmes sont très actuels : que se passe-t-il pour celui qui gagne une guerre, comment arrêter la chaîne de la vengeance, quand le pouvoir devient démesure. Beaucoup de mots de notre vocabulaire viennent du théâtre grec : « tragédie », « chœur », « scène », « orchestre ».

Le cas des « Perses » nous rappelle aussi une chose importante pour l’étude de l’histoire : la voix des vaincus. Un auteur qui essaie de comprendre la douleur de l’ennemi nous donne une leçon d’humanité qui n’a rien d’évident, ni au Ve siècle av. J.-C. ni aujourd’hui.

Personnes et lieux clés

Personnes

Eschyle
Poète tragique né à Éleusis (vers 525 av. J.-C.) et mort à Géla (456 av. J.-C.) : soldat à Marathon, Salamine et Platées et auteur de sept tragédies conservées.
Thespis
Selon la tradition, l’« inventeur » de la tragédie, actif à Athènes vers 536-533 av. J.-C.
Sophocle
Plus jeune qu’Eschyle, il le battit dans un concours vers 468 av. J.-C. et, selon la tradition, introduisit le troisième acteur.
Xerxès et Atossa
Le roi et la reine mère, personnages des « Perses » ; le vrai Xerxès fut l’adversaire des Grecs en 480 av. J.-C.

Lieux

Théâtre de Dionysos
Théâtre d’Athènes sur les pentes sud de l’Acropole, le plus important du monde grec aux Ve et IVe siècles av. J.-C.
Éleusis
Petite ville près d’Athènes où naquit Eschyle.
Géla
Ville grecque de Sicile où Eschyle mourut en 456 av. J.-C.
Suse
Capitale de l’Empire perse et lieu où se déroule l’action des « Perses ».

À savoir

  • « Les Perses » est la plus ancienne tragédie grecque parvenue jusqu’à nous en entier.
  • Le théâtre de Dionysos, dans sa version en pierre du IVe siècle av. J.-C., pouvait accueillir environ 15 000 spectateurs.
  • Eschyle voulut sur sa tombe seulement le souvenir de Marathon, pas celui de ses tragédies.
  • On connaît d’Eschyle environ 80 à 90 titres, mais il n’en reste que sept en entier.
  • L’« Orestie », de 458 av. J.-C., est la seule trilogie de la tragédie grecque parvenue complète.

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