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La notation musicale par neumes

vers 850 apr. J.-C. Monastères d’Europe occidentale (par exemple Saint-Gall, Suisse)

En bref

Dans les monastères, on chantait le chant grégorien, mais les mélodies s’apprenaient par cœur en écoutant les maîtres. Vers le milieu du IXe siècle, les moines ont commencé à écrire au-dessus des mots de petits signes, les neumes, qui indiquaient si la voix devait monter ou descendre. Au début, il n’y avait pas de lignes, donc les neumes aidaient seulement à se rappeler une mélodie déjà connue. Plus tard, vers 1025, Guy d’Arezzo a ajouté les lignes et donné un nom aux notes.

Pourquoi c’est important La portée utilisée aujourd’hui pour écrire la musique vient de ces premiers signes.

Source : Treccani, article « Neuma »

Illustration : La notation musicale par neumes (Monastères d’Europe occidentale (par exemple Saint-Gall, Suisse))
Illustration créée avec l’IA pour Storiascopio
La notation musicale par neumes : Monastères d’Europe occidentale (par exemple Saint-Gall, Suisse)
Où : Monastères d’Europe occidentale (par exemple Saint-Gall, Suisse)

Fiche pour étudier environ 5 minutes de lecture

Le récit

Des chants qu’on apprenait par cœur

Dans les monastères et les églises du haut Moyen Âge, on chantait tous les jours : psaumes, prières, hymnes, en latin, à une seule voix, sans instruments. Ce chant s’appelle aujourd’hui grégorien, du nom du pape Grégoire le Grand, parce qu’une tradition, probablement légendaire, disait qu’une colombe, symbole du Saint-Esprit, le lui avait dicté. En réalité, il s’est formé lentement au cours de nombreux siècles, en mêlant des traditions romaines et franques.

Pendant des siècles, personne n’écrivit la musique, pas même les grands maîtres de chant. Les chantres apprenaient les mélodies en les écoutant et en les répétant, et en retenaient des centaines par cœur. Un grand savant du VIIe siècle, Isidore de Séville, écrivit que, si les sons ne sont pas retenus par l’homme, ils sont perdus, parce qu’on ne peut pas les écrire. En effet, il n’existait aucun moyen de le faire.

Les signes au-dessus des mots

Vers le milieu du IXe siècle, dans certains monastères de France et de Suisse, comme celui de Saint-Gall, naquit l’idée de marquer, avec de petits symboles placés au-dessus des mots du texte, le mouvement de la mélodie. Ces signes s’appellent « neumes », d’un mot grec qui signifie « signe ». Ce sont des lignes, des points et des arabesques qui rappellent les gestes avec lesquels le maître du chœur dirigeait les chantres, en levant et en abaissant la main.

Les neumes ne disaient pas à quelle hauteur était une note, mais seulement si la mélodie montait, descendait, s’arrêtait ou ondulait. Ils servaient à celui qui connaissait déjà le chant, pour s’en souvenir, et non à celui qui devait l’apprendre de zéro. Les chantres devaient toujours apprendre les mélodies auprès des maîtres, cela demandait des années, et si la tradition s’interrompait, la musique était perdue.

Les lignes et les notes

Le pas décisif eut lieu au XIe siècle, en Italie, grâce à un moine nommé Guy d’Arezzo, né vers 991. Il enseignait le chant aux garçons dans les écoles des cathédrales et se rendit compte à quel point il était fatigant de leur faire tout apprendre par cœur : il fallait dix ans, disait-il, pour former un bon chantre. Alors il imagina une méthode.

Il traça sur le parchemin des lignes horizontales, au nombre de quatre (aujourd’hui il y en a cinq), et colora certaines d’entre elles en rouge et en jaune pour indiquer des notes précises. Chaque neume, placé sur une ligne ou dans un interligne, indiquait ainsi une note de hauteur exacte. C’était la portée musicale, la base de toute partition d’aujourd’hui.

Guy inventa aussi une astuce pour retenir les sons. Il prit une hymne à saint Jean-Baptiste, « Ut queant laxis », dans laquelle chaque vers commence sur une note plus haute que le précédent. Les premières syllabes des six premiers vers de la strophe, « ut, ré, mi, fa, sol, la », furent utilisées pour donner un nom aux six notes. Plus tard, « ut » devint « do » et on ajouta « si ». Aujourd’hui encore, les noms des notes en dérivent. Après lui se répandit aussi ce qu’on appelle la « main guidonienne », une aide à l’enseignement qu’on lui attribue : chaque bout et chaque articulation des doigts représentait une note, et le maître la montrait du doigt.

Avant Arezzo, Guy avait vécu à l’abbaye de Pomposa, près de Ferrare. Là, ses idées ne furent pas bien accueillies par ses confrères, peut-être par jalousie, et il s’installa donc dans une ville où l’évêque l’écouta et le soutint. Guy décrivit ses méthodes dans un livre, le « Micrologus », écrit vers 1026. Le pape Jean XIX voulut le connaître et l’invita à Rome, où il le mit à l’épreuve avec une antienne inconnue : le moine l’apprit en peu de temps, et le pape en resta stupéfait. C’est ainsi qu’il le raconte lui-même, dans une lettre.

Pourquoi c’est arrivé

Les monastères carolingiens cherchaient à unifier la liturgie et le chant dans tout l’empire de Charlemagne. Pour garder les mêmes chants dans des lieux éloignés, il fallait un moyen de les fixer par écrit.

Le répertoire était devenu trop grand pour être retenu par cœur, et enseigner les chants aux garçons demandait des années. Un système écrit ferait gagner du temps et épargner de la fatigue à tous les maîtres de chœur.

Ce qui a changé

La notation musicale permit de conserver la musique dans le temps et de la diffuser d’un lieu à un autre. Sans elle, la musique serait restée liée à ce dont se souvenaient les chantres.

Avec les lignes et les notes, on favorisa l’écriture de musiques à plusieurs voix, c’est-à-dire la polyphonie, qui dans les siècles suivants donna naissance à la musique savante occidentale. Des compositeurs comme Bach, Mozart et Verdi écrivaient leurs œuvres avec un système qui descend de celui de Guy.

Les noms des notes, do ré mi fa sol la si, sont utilisés en Italie, en France, en Espagne et dans de nombreux autres pays. Dans les pays de langue anglaise et allemande, on utilise en revanche les lettres de l’alphabet, mais l’origine est la même.

Personnes et lieux clés

Personnes

Guy d’Arezzo
Moine et théoricien de la musique (vers 991 - après 1033) : il inventa la portée musicale et les noms des notes.
Grégoire le Grand
Pape de 590 à 604 : on lui attribue, par tradition, le chant grégorien.
Isidore de Séville
Évêque et savant (vers 560-636) : il écrivit que les sons ne peuvent pas être écrits.
Paul Diacre
Moine et historien (vers 720-799) : auteur de l’hymne « Ut queant laxis ».

Lieux

Saint-Gall (Suisse)
Abbaye avec une célèbre école de chant et une importante bibliothèque.
Arezzo
Ville de Toscane où Guy enseigna, et où une place porte aujourd’hui son nom.
Pomposa (Ferrare)
Abbaye où Guy aurait travaillé avant de s’installer à Arezzo.

À savoir

  • Les noms do, ré, mi, fa, sol, la viennent des premières syllabes d’une hymne à saint Jean-Baptiste.
  • Le premier nom de la note « do » était « ut ».
  • Les premières portées musicales n’avaient que quatre lignes.
  • Guy d’Arezzo disait qu’il fallait dix ans pour former un bon chantre.
  • Les neumes rappelaient les gestes du chef de chœur.

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