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7 · Haut Moyen Âge science et technique

Le papier arrive à Samarcande

vers 751 apr. J.-C. Samarcande (aujourd’hui Ouzbékistan)

En bref

Le papier avait été inventé en Chine bien des siècles auparavant. Une tradition raconte qu’en 751, après la bataille du fleuve Talas entre Arabes et Chinois, des prisonniers chinois ont appris à en fabriquer à Samarcande. Les historiens pensent aujourd’hui que c’est surtout une légende, parce qu’en Asie centrale on utilisait déjà le papier depuis longtemps. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que Samarcande est devenue célèbre pour son papier et que cet art est arrivé de là à Bagdad et dans tout le monde musulman.

Pourquoi c’est important Le papier coûtait moins cher que le parchemin et il a permis de copier et de diffuser beaucoup plus de livres.

Source : Encyclopaedia Britannica, « Paper »

Illustration : Le papier arrive à Samarcande (Samarcande (aujourd’hui Ouzbékistan))
Illustration créée avec l’IA pour Storiascopio
Le papier arrive à Samarcande : Samarcande (aujourd’hui Ouzbékistan)
Où : Samarcande (aujourd’hui Ouzbékistan)

Fiche pour étudier environ 6 minutes de lecture

Le récit

Une ville de routes et de marchands

Samarcande, dans l’actuel Ouzbékistan, se trouvait en Asie centrale, à un endroit où se rencontraient les caravanes qui traversaient le continent. En passant par là, voyageurs et marchands échangeaient des marchandises, des nouvelles et des techniques. C’est ici, selon les récits, que le monde islamique apprit à fabriquer le papier. Dans cette fiche, nous parlons de ce passage et de ce qui se passa ensuite, dans les villes arabes : la Chine et le long voyage vers l’Europe sont traités dans la fiche consacrée au papier au Moyen Âge.

Un récit et un doute

Le récit le plus connu est le suivant. En 751, après la bataille du fleuve Talas, les Arabes firent prisonniers quelques artisans chinois experts du papier. Ceux-ci enseignèrent le procédé à Samarcande, qui avait été conquise par les Arabes. Le récit apparaît dans certaines sources arabes, mais très tard, et c’est pourquoi les historiens d’aujourd’hui sont prudents : le papier, peut-être, était déjà connu en Asie centrale. Selon certaines sources, les Arabes connurent le papier dès 637, en entrant à Ctésiphon, la capitale des Perses, mais ils n’en percèrent le secret qu’au siècle suivant.

Ce que nous savons de sûr, c’est que Samarcande devint célèbre pour son papier. Il était fait de fibres de chanvre et de lin, et son nom arabe, kaghad, en vint à désigner le papier en général. Ensuite, les artisans de Samarcande découvrirent qu’en utilisant des fibres de coton on obtenait une feuille plus mince et plus fine. C’était un meilleur papier, plus léger et plus facile à transporter.

De la ville à la capitale

Le papier, à ce stade, était prêt à arriver là où il servait le plus : à Bagdad. C’était la capitale des califes abbassides, la dynastie qui gouverna après la chute des Omeyyades en 750. Dans les chancelleries et les bureaux de l’État, on écrivait énormément : ordres, lettres, registres d’impôts, contrats. Jusque-là, on avait utilisé le papyrus ou le parchemin, des matériaux coûteux et difficiles à trouver en grandes quantités.

Vers 794-795, au temps du calife Haroun al-Rachid, les sources placent les premières fabriques de papier à Bagdad (certaines datent de 793, d’autres de 794). Les Barmécides, une famille perse de ministres qui gouvernait pour le compte du calife, contribuèrent à leur naissance. Selon les historiens, en peu de temps les bureaux de l’État abandonnèrent papyrus et parchemin et utilisèrent le papier pour enregistrer les actes.

Un papier qui voyage

Après Bagdad, le métier se répandit. Dès le VIIIe siècle, la production arriva en Égypte et, dans les siècles suivants, en Afrique du Nord. En Syrie, les papeteries de la ville de Manbij produisaient un papier qu’en Europe on appela « papier bombycin ». En Sicile, en 972, un voyageur nommé Ibn Hawqal rapporta avoir vu du papier parmi les objets à Palerme, et aujourd’hui on pense que là aussi il existait une production surveillée par les autorités.

La Maison de la Sagesse

Avec le papier, il devint plus facile de copier et de conserver des livres. À la même époque, à Bagdad, la Bayt al-Hikma, la « Maison de la Sagesse », acquit une grande renommée. Elle commença comme bibliothèque privée du calife Haroun al-Rachid ; à partir de 832, son fils al-Mamoun l’agrandit beaucoup. C’était une bibliothèque, mais aussi un centre de traduction : on y traduisait en arabe des ouvrages en grec, en syriaque, en hébreu, en copte, en moyen-perse et en sanskrit. Elle servait aussi d’école supérieure, d’hôpital ouvert à tous les malades et d’observatoire astronomique. On dit qu’à son meilleur moment c’était une très grande bibliothèque, même si certains spécialistes, comme Dimitri Gutas, doutent de sa taille et même de son existence en tant que grande institution. C’est pourquoi il vaut mieux en parler avec prudence.

Parmi les savants qui y travaillèrent, il y eut al-Khwarizmi (vers 780-850), le philosophe al-Kindi (801-873), le traducteur Hunayn ibn Ishaq (808-873), qui traduisit Galien et Hippocrate, le mathématicien Thabit ibn Qurra (826-901) et les frères Banou Moussa, mathématiciens et ingénieurs. C’était un monde où le savoir des Grecs, des Perses et des Indiens se rencontrait et se discutait en arabe.

En 1258, quand les Mongols conduits par Houlagou prirent Bagdad, la Maison de la Sagesse fut détruite. On ne peut pas dire avec précision combien de livres furent perdus.

Pourquoi c’est important aujourd’hui

Le papier changea la façon d’écrire et de gouverner. Il rendit plus économique la transmission des ordres, plus facile la tenue des registres, plus simple la copie d’ouvrages de science et de littérature. Dans un empire immense, où l’on parlait des langues différentes, le papier fut un outil fondamental pour tenir ensemble bureaux, villes et écoles.

Pourquoi c’est arrivé

Le papier arriva à Samarcande parce que la ville était un carrefour d’échanges, où les techniques voyageaient avec les marchandises. Selon le récit, les Arabes y trouvèrent des artisans qui savaient le fabriquer et apprirent d’eux.

L’étape suivante, celle de Bagdad, naquit d’un besoin : un empire très vaste et bien organisé demandait énormément d’écriture. Le papyrus et le parchemin coûtaient trop cher et ne suffisaient pas. Le papier, fait de chiffons et d’eau, était plus économique. Les Barmécides, ministres du calife, soutinrent la création des papeteries.

Ce qui a changé

Avec le papier, l’administration de l’État devint plus rapide et plus économique : plus de documents, plus de registres, plus de lettres. Les livres aussi devinrent plus faciles à produire et à vendre, et dans des villes comme Bagdad se formèrent des bibliothèques et des centres d’étude comme la Maison de la Sagesse.

Le papier sortit de Samarcande et voyagea : en Égypte, en Afrique du Nord, en Syrie et en Sicile, jusqu’aux portes de l’Europe. Son usage ne fut pourtant pas accepté partout tout de suite : en 1221, l’empereur Frédéric II en interdit l’emploi dans les actes publics, parce qu’il était considéré comme moins durable que le parchemin. Mais le bas prix l’emporta.

Ainsi le papier devint le matériau sur lequel, des siècles plus tard, on imprima en Europe les premiers livres.

Personnes et lieux clés

Personnes

Haroun al-Rachid
Calife abbasside : à son époque, vers 794-795, naquirent les premières fabriques de papier à Bagdad.
Al-Mamoun
Fils de Haroun : à partir de 832, il agrandit beaucoup la Maison de la Sagesse.
Al-Khwarizmi
Savant qui travailla à Bagdad, ayant vécu environ entre 780 et 850.
Hunayn ibn Ishaq
Traducteur (808-873) qui traduisit en arabe les œuvres de Galien et d’Hippocrate.
Les Barmécides
Famille perse de ministres du calife qui soutint la création des papeteries.

Lieux

Samarcande
Ville d’Asie centrale, aujourd’hui en Ouzbékistan, célèbre pour son papier (kaghad).
Bagdad
Capitale du califat abbasside, avec les premières papeteries dès 794-795 et la Maison de la Sagesse.
Manbij
Ville de Syrie où l’on produisait le « papier bombycin ».
Ctésiphon
Capitale des Perses, où les Arabes connurent le papier en 637.

À savoir

  • Le nom arabe du papier de Samarcande, kaghad, en vint à désigner le papier en général.
  • Le papier de Syrie, fabriqué à Manbij, fut appelé « bombycin » en Europe.
  • En 1221, Frédéric II interdit l’usage du papier dans les actes publics.
  • La Maison de la Sagesse de Bagdad fut détruite en 1258 par les Mongols.
  • Certains spécialistes doutent que la Maison de la Sagesse ait été aussi grande qu’on le raconte.

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