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7 · Haut Moyen Âge science et technique

L’École de médecine de Salerne

vers 950 apr. J.-C. Salerne, Campanie

En bref

À Salerne est née l’une des premières écoles de médecine d’Europe, déjà célèbre au Xe siècle. Selon une légende, elle a été fondée par quatre maîtres : un Latin, un Grec, un Juif et un Arabe. On y étudiait les textes anciens d’Hippocrate et de Galien et, plus tard, les livres des médecins arabes traduits en latin. Parmi les maîtres, il y avait aussi quelques femmes, comme Trotula, experte de la santé des femmes.

Pourquoi c’est important L’école a été le modèle des facultés de médecine nées ensuite dans les universités.

Source : Treccani, article « Salernitana, Scuola »

Illustration : L’École de médecine de Salerne (Salerne, Campanie)
Illustration créée avec l’IA pour Storiascopio
L’École de médecine de Salerne : Salerne, Campanie
Où : Salerne, Campanie

Fiche pour étudier environ 5 minutes de lecture

Le récit

Des médecins sans université

Dans le haut Moyen Âge, en Europe occidentale, se soigner était difficile. Les connaissances des anciens médecins grecs et romains, comme Hippocrate et Galien, s’étaient en grande partie perdues ou réduites à quelques résumés. On avait recours aux monastères, où les moines cultivaient des herbes médicinales et soignaient les malades, aux guérisseurs de village et aux sanctuaires des saints, où l’on priait pour guérir. Très peu de médecins avaient une vraie formation.

Salerne, dans le sud de l’Italie, sur le golfe du même nom, était une ville différente. Elle se trouvait dans une zone de rencontre entre les cultures latine, grecque, arabe et juive. Dans le port arrivaient des marchands et des pèlerins de toute la Méditerranée, et avec eux, probablement, arrivaient aussi des livres et des nouvelles. À Salerne, il y avait des hôpitaux liés aux monastères et beaucoup de médecins.

L’École

Nous ne savons pas avec précision quand naquit l’école de médecine de Salerne. Une légende dit qu’elle fut fondée par quatre maîtres : un Latin, un Grec, un Arabe et un Juif. C’est une belle histoire, mais elle n’est pas documentée. L’un des premiers témoignages sûrs remonte à environ 988 : l’évêque Adalbéron de Verdun, en France, malade, alla à Salerne se faire soigner. Déjà, la ville était célèbre comme « ville d’Hippocrate », en souvenir du grand médecin grec.

Ce n’était pas une université comme celles d’aujourd’hui, avec des bâtiments, des diplômes et des règles fixes, mais une communauté de médecins qui enseignaient aux jeunes, avec des leçons, des cas de malades et des écrits. Ce n’était pas non plus une école religieuse : les maîtres étaient souvent laïcs, c’est-à-dire pas prêtres, et mariés. Dans une ville aux traditions si différentes, les femmes aussi pouvaient exercer la médecine. La plus célèbre fut Trota, qui vécut au XIIe siècle, à qui l’on attribue un traité sur les maladies des femmes, « De passionibus mulierum », même si les spécialistes discutent de son véritable auteur.

Des livres arabes traduits

Au XIe siècle, un marchand de Carthage, en Tunisie, Constantin l’Africain, arriva à Salerne. Il connaissait l’arabe et la médecine arabe, qui à cette époque était bien plus avancée que la médecine latine. Il se fit moine au Mont-Cassin et traduisit en latin de nombreux traités médicaux arabes, en donnant aux Européens accès à un patrimoine de connaissances qui sinon serait resté enfermé dans la langue arabe. Certaines traductions, cependant, étaient libres ou présentées comme des œuvres personnelles.

Le travail de Constantin, où l’on trouvait aussi des descriptions de l’œil, du cerveau et des médicaments, fut très discuté dans les siècles suivants. Ainsi les médecins de Salerne purent se confronter aux livres d’Hippocrate, de Galien et de médecins arabes comme Razi et Haly Abbas (Avicenne n’arriva que plus tard, au XIIe siècle). Ils firent des expériences aussi avec la dissection : au XIIe siècle, on étudiait le corps des porcs, semblable au corps humain, dans un texte appelé « Anatomie du porc ».

Le poème de la santé

L’œuvre la plus célèbre de l’École est le « Regimen sanitatis Salernitanum », un recueil de conseils de santé en vers latins, faciles à retenir, qui se répandit dans toute l’Europe et fut copié, traduit et imprimé en des centaines d’éditions. Il donnait des conseils pratiques : manger avec modération, dormir ce qu’il faut, se laver les mains avant les repas, faire une promenade après le dîner, rester joyeux. Le premier vers dit, en substance : si tu veux rester en bonne santé, laisse de côté les soucis lourds et ne te mets pas en colère, parce que la colère fait du mal.

En 1231, l’empereur Frédéric II, avec les « Constitutions de Melfi », établit que pour exercer la médecine dans son royaume il fallait être examiné par les maîtres de Salerne, et il sépara le métier de médecin de celui d’apothicaire, c’est-à-dire de celui qui prépare les médicaments. Avec le temps, l’école perdit de l’importance face aux nouvelles universités et fut fermée en 1811.

Pourquoi c’est arrivé

À Salerne se rencontraient plusieurs cultures, et à peu de distance se trouvait le monastère du Mont-Cassin, riche en livres. Les médecins pouvaient compter sur un milieu ouvert, où venaient se soigner aussi des personnes importantes.

C’était une ville de commerces et de pèlerinages, avec beaucoup de malades, beaucoup d’herbes locales et beaucoup d’hôpitaux : un lieu idéal pour apprendre en observant et en essayant, jour après jour.

Ce qui a changé

L’École de médecine de Salerne fut la première grande école de médecine d’Europe et un modèle pour les universités suivantes, comme celles de Bologne, de Montpellier et de Padoue. Dans les siècles suivants, la médecine scientifique naquit dans les universités.

Son poème sur la santé resta populaire pendant des siècles et apporta en Europe l’idée que pour aller bien il faut un bon mode de vie, exactement comme on le dit aujourd’hui.

Salerne abrite aujourd’hui le Jardin de la Minerve, parmi les plus anciens jardins médicinaux, où l’on cultivait des plantes médicinales. La ville a une nouvelle université depuis 1968.

Personnes et lieux clés

Personnes

Constantin l’Africain
Moine et traducteur (né peut-être vers 1015, mort vers 1087) : il traduisit en latin des textes médicaux arabes.
Trota (Trotula) de Ruggiero
Médecin salernitaine du XIIe siècle : on lui attribue un traité de médecine des femmes.
Adalbéron de Verdun
Évêque (mort en 988) : vers 988, il alla à Salerne se faire soigner.
Frédéric II
Empereur (1194-1250) : il réglementa la profession médicale en 1231.
Hippocrate
Médecin grec (Ve siècle av. J.-C.), considéré comme le père de la médecine.

Lieux

Salerne
Ville de Campanie sur la mer Tyrrhénienne, siège de l’École de médecine.
Mont-Cassin
Abbaye où Constantin traduisit les textes arabes.

À savoir

  • L’un des premiers témoignages sûrs sur l’École date d’environ 988.
  • À Salerne, au XIIe siècle, on étudiait aussi la dissection des porcs.
  • Une médecin de Salerne, Trota, écrivit un traité sur les maladies des femmes.
  • Le « Regimen sanitatis » est un poème de conseils de santé en vers latins.
  • L’École ne fut fermée qu’en 1811.

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